
Tadeusz Kantor, artiste polonais majeur du XXème siècle, fut sans nul doute le plus avant-gardiste. Précurseur du happening et de la performance, il est l’inventeur du Théâtre de la Mort. A travers l’Europe, ses spectacles auront marqué les mémoires, tels La Classe morte, Wielopole, Wielopole, Qu’ils crèvent les artistes, ou encore Je ne reviendrai jamais.
Transmise par Bogdan Renczynski et Justine Wojtyniak la méthode consiste à employer « la pauvre et petite vie individuelle » comme matière première du spectacle à venir. Le recours à l’autobiographie transformée en images théâtrales permettra au futur spectateur de revisiter émotionnellement sa propre vie. Il s’agit de réaliser une cérémonie théâtrale où le passé ressuscité revient incarné par le corps de l’acteur. Ce faisant, l’authenticité des confessions oscille alors entre pathétique et ridicule comme l’expression de l’impossibilité à retourner vers le fond de la mémoire.
« Sur cette voie sans compromission, l’acteur doit offrir son ridicule, son dénuement, sa dignité même, apparaître désarmé, hors la protection de masques fallacieux. »

Ainsi l’objectif du stage est de transmettre, au travers un processus vivant de création, la méthode de jeu d’acteur élaborée par Tadeusz Kantor :
S’opposer aux règles conventionnelles du jeu d’acteur, nier l’illusion, la représentation et la reproduction.
Ne pas jouer la réalité mais jouer avec elle, en se l’appropriant et en s’en emparant comme l’objet à manipuler.
Dépasser le penchant naturel de l’acteur à « représenter ».
Trouver cette sensation unique de dépasser le seuil des « anciennes compétences ».
Partir à la recherche de l’abstraction des gestes, de la pure expression et de la présence réelle de l’acteur dépourvu d’accessoires mais sachant utiliser ses prédispositions personnelles à vivre dans l’imaginaire.

PROGRAMME
1 La notion de la présence immédiate de l’acteur. Les exercices sur le modèle du mannequin. L’expression de l’acteur dans le théâtre de Tadeusz Kantor ne s’impose pas en termes d’incarnation ou d’identification avec le personnage. Dans le théâtre Cricot 2, l’acteur est privé du « rôle ». En revanche, il est introduit dans un processus, dans une pratique immédiate. En évitant l’imitation, l’illusion et la psychologie, l’acteur devient un être dans sa présence immédiate et sa réalité concrète. Le processus de la création implique ainsi les « prédispositions » et les « prédestinations » propres à la personnalité de l’acteur. L’individualité de chacun est mise en valeur, dans son « activité à créer ».
2 L’animation des « objets prêts ». Il s’agit de l’utilisation dans la création dramatique d’objets « trouvés » (de « la réalité du rang le plus bas »), privés de leur utilité initiale. Dépouillé de toute expressivité originelle, désaffecté, l’objet peut entrer dans le jeu des tensions dynamiques et ainsi devenir le sujet de manipulations pour l’acteur. L’objet devient le partenaire de jeu, un adversaire à affronter, et plus encore, comme le formule Kantor : "au moment où l’homme annexe l’objet, l’objet devient l’acteur". Il importe d’entreprendre une action avec les objets pour s’approcher de l’authenticité de l’improvisation, à l’instar de celle du clown ou du jazzman.
3 L’exercice de l’imaginaire : La porte et cette attente très importante (autour du dernier spectacle Aujourd’hui c’est mon anniversaire). Revenir dans l’espace imaginaire de Kantor, entrer dans l’imaginaire de l’autre
4 Jouer avec le texte. Le texte à l’instar de l’objet devient le partenaire de jeu de l’acteur. Le texte n’est qu’une somme de significations, une condensation de la réalité dont l’acteur peut s’emparer de manière purement abstraite. Kantor le formule : "Je ne joue pas Witkiewicz, je joue avec". (Un choix de textes de Kantor sera donné).
5 L’acteur juste avant l’état de l’inspiration. Dépourvu de rôle, condamné à créer à partir de lui-même, l’acteur retrouve l’état idéal de l’impossibilité, voué au risque de l’échec, et cependant animé par le désir de la présence qui ouvre la créativité propre de l’acteur.
6 L’acteur sur scène dans le temps futur, devant l’impossible, sur le seuil entre la scène et la réalité.
7 L’exploration théorique de l’univers du théâtre Cricot 2 : soirée de projections, lectures et discussions. Je veux retenir l’acteur le plus longtemps possible à l’étape de ses « prédispositions » élémentaires. Faire jaillir ses possibilités et ses activités « innées », « premières », créer cette zone de « préexistence » de l’acteur, qui n’est pas encore encombrée par l’univers illusoire du texte.
La fin du stage sera clôturée par une présentation publique des esquisses.
crédit photo : Bogdan Korczowski
Maître :
Du 29.03
au 02.04.2010
De 14h00 à 18h00