
C’est au cours de la tournée du Théâtre du Soleil à Tokyo qu’Ariane Mnouchkine a rencontré Mansai Nomura, directeur artistique d’un des théâtres les plus réputés du Japon, le Setagaya Public Theatre.
Le Theatre du Soleil a ainsi invité la Cie Mansaku, qui donnera quatre représentations du « Kyogen of Errors » au Théâtre de l’Aquarium, spectacles programmés dans le cadre du Festival de l’Imaginaire et rendus possibles par la participation de l’Agency for Culturals Affairs du gouvernement japonais.
C’est dans ce cadre que nous avons invité les artistes et maîtres japonais à venir diriger ce stage à ARTA, en partenariat avec l’Atelier de Paris-Carolyn Carlson. Dans la limite des places disponibles, ce stage est ainsi ouvert aux comédiens et danseurs : il est conseillé de présenter sans tarder sa candidature.
Grand acteur de Kyôgen au talent reconnu dans le monde entier, Mansai Nomura est fils de l’immense Mansaku Nomura et petit-fils de Manzo Nomura, « Trésor National Vivant » au Japon. Mansai Nomura descend ainsi d’une famille d’acteurs dont la lignée remonte aux origines du Nô, sous les auspices des samouraïs du gouvernement Ashikaga Bakufu au XVème-XVIème siècle. Mansai Nomura a également étudié et travaillé à l’étranger, notamment à la Royal Shakespeare Company.
Il est aussi un acteur de cinéma et de télévision très populaire. Son interprétation à l’âge de dix-neuf ans de Tsurumaru, jeune prince aveugle, devenu ermite bouddhiste et musicien,dans Ran, film sublime d’Akira Kurosawa, le révéla. Depuis Mansai Nomura a été tête d’affiche de films tel Onmyouji de Yôjirô Takita.
Il est depuis 2002 directeur artistique du Setagaya Public Theatre de Tokyo. Tout en s’attachant à élargir, tant au Japon qu’à l’étranger, la diffusion du répertoire de Kyôgen il s’emploie à créer une nouvelle forme d’arts de la scène japonaise à travers la « fusion du traditionnel et de contemporain ».
Pris de passion pour Shakespeare, il a adapté “Richard III“ avec des acteurs de kyôgen traditionnel, ou encore des farces et des comédies légères, comme “La Comédie des Erreurs“, créée pour le Globe Theatre de Londres, jouée ensuite à Tokyo puis au Festival International de San Francisco et au Kennedy Center de Washington.
A l’occasion du stage qu’il donnera avec l’un des acteurs principaux de sa compagnie Hiroharu Fukata, du 28 Fevrier au 18 mars, Mansai Nomura fera partager les chemins qu’il emprunte, depuis le répertoire traditionnel japonais jusqu’à l’oeuvre de Shakespeare et les liens qu’il entretient avec elle, tant au niveau de la chorégraphie du jeu, d’une extrême précision gestuelle et rythmique, que du chant.
Le kyôgen
Le Nô et le Kyogen,constituent ensemble l’Art nommé Nohgaku, formé il y a environ 650 ans, entre 1333 et 1573 . Ils dérivent des chants et des danses d’influence chinoise connus sous le nom de Sarugaku. Alors que le Nô hérite de la part la plus tragique du Sarugaku, le Kyogen en vient à employer un jeu plus physique utilisant pantomime et dialogue comique. Par la clarté de ses dialogues et la lisibilité de sa gestuelle, le Kyogen est une forme théâtrale qui célèbre la nature humaine en dépeignant de façon réaliste les scènes de la vie quotidienne et populaire de manière grotesque, allant parfois jusqu’à lui donner les traits d’une « admirable absurdité ».
L’acteur-kyôgen est l’homme aux paroles déplacées. Lorsqu’il est présent au cours d’une scène de nô, il est l’intermédiaire du waki, et représente les gens du peuple. Il rapporte les légendes qui courent à travers les campagnes, et les déforme par son imagination … En tant que bouffonnerie, le kyôgen se rapproche de la commedia dell’arte. Les pièces sont souvent satiriques : les seigneurs, les moines, les esprits et les démons y sont ridiculisés. Mais le kyôgen est aussi un art de contraste : même les situations les plus triviales sont stylisées. Les personnages grotesques gardent la plus grande dignité dans les scènes de lutte ou d’ivrognerie, qui sont toujours chorégraphiées. Les accessoires utilisés sont d’une simplicité extrême : l’éventail a différentes fonctions symboliques, il peut figurer un arc ou une scie. Un couvercle est utilisé pour boire le saké ou figurer un coffre rond de voyage. La sobriété est ici étudiée afin de porter toute l’attention du spectateur sur l’interprétation du comédien.

Programme
Durant la première semaine, Hiroharu Fukata enseignera les bases et les conventions du Kyogen traditionnel : 1) Kam ae (posture debout)
2) suri ashi (mouvement glissé des pieds, technique des pas glissés qui fonde également le Nô)
3) kata (ensembles de postures et mouvements constitutifs de séquences de jeu ou de partitions dansées)
4) koe (travail de projection vocale)
Les participants auront ainsi l’opportunité de s’essayer aux techniques de base des vocalises et projections vocales et de les appliquer ensuite dans la pratique des Utai ( chants aux modulations proprement Kyogen)
5) jeu des dialogues travail sur le répertoire.
Durant la seconde partie du stage, Nomura Mansai abordera avec les participants les scènes du jeu traditionnel pour explorer dans un second temps, les possibilités de créer une pièce en utilisant les techniques propres au jeu du répertoire japonais. Ils pourront ainsi travailler une scène du « Kyogen of Errors », un Kyogen contemporain basé sur la Comedie des erreurs de Shakespeare, en appliquant de manière libre et créative les concepts et techniques du Kyogen.
« En tant qu’héritiers d’un art traditionnel, nous ressentons la responsabilité de transmettre ces techniques aux générations dans une forme meilleure que celle que nous avons reçu, et dans le même mouvement, de rendre quelque chose à la société. Une part de notre mission réside dans la re-création et re-construction des formes d’arts sophistiqués détenues et transmises par les générations passées et de les partager pour ainsi y apporter nos améliorations et contributions. » M Nomura
Par ailleurs, le jeudi 10 mars à 19h30, Mansai Nomura donnera une conférence
"Le Kyôgen aujourd’hui. Faire vivre la tradition"
à la Maison de la Culture du Japon à Paris

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