La Capoeira

"L'art de l'esquive"

 

“La capoeira,
c’est un étrange mélange
de musique et de mort,
de danse et de lutte,
de beauté et de violence.”

Mestre Pastinha

L'élève rentre dans la "Roda" avec Mestre Curio

 

Assurément, la capoeira est, par essence, réfractaire aux définitions : danse des esclaves, issue de l’Afrique, rituel de combat, ayant contribué à l’affirmation de l’identité brésilienne. Après s’être développé dans la clandestinité, cet art de l’esquive recouvre une pratique aux multiples visages, dont l’atout même est de se présenter de façon kaléidoscopique.

La capoeira a su jouer de stratégie pour s’exercer, en tirant profit du moindre espace de liberté que lui aura laissé les zones d’entre-deux. Elle s’est constituée, dans son essence même, aux frontières de la lutte, de la danse, du théâtre ou du rituel. Tout cela contribue à faire de la capoeira une forme de représentation symbolique de la lutte d’une minorité pour sa survie, résistance qui passe par la reconnaissance et l’affirmation identitaire.
Par sa propension indéniable à canaliser les agressivités, quand bien même elle prépare le corps à pouvoir se transformer en une arme redoutable, la capoeira relève l’humain dans sa complexité tant dans le processus du jeu que dans la relation de transmission où « regarder, c’est apprendre ».

La mise à l’épreuve de sa corporéité, l’expérience de la rencontre, dans le sens phénoménologique du terme, ainsi que ses facultés proxémiques, ne peuvent que susciter l’intérêt des gens de théâtre. Avec la métaphore du cercle, qui grossit à la loupe l’instant du premier coup d’oeil échangé entre deux êtres, on pense bien sûr à l’évocation shakespearienne du « trou à coqs », du « cercle de bois » où, « d’une aile imaginaire », la « scène agile vole avec le mouvement accéléré de la pensée »*.
En renouant avec les origines du théâtre, à la lisière des pratiques magiques et rituelles, la capoeira peut contribuer à mieux saisir l’essence même de l’art du comédien, lorsque la moindre action échangée expose la vie de celui qui franchit le cercle, met en péril son existence, lui permet d’éprouver son rapport au monde, avec le soutien du choeur et le parrainage du ou des plus expérimentés.                                                                                    JFD
* Prologue de Henri V, le Chœur.

 

Mestre Curio de Bahia 

 

Dès l’âge de six ans, Maître Curio s’est initié à la capoeira angola. Fils de capoeiristes, c’est le légendaire Besouro Manganga qui fut son premier maître. L’année suivante, il reçu l’enseignement de son grand-père Pedro Verissimo Curio. 

A huit ans, il rejoint l’école de maître Pastinha, le grand maître de la capoeira angola de la génération passée.A 18 ans, il commence à enseigner à Salvador, capitale de la Bahia ainsi que dans l’arrière pays. 

Déjà plus de mille élèves sont passés par l’école de maître Curio, sans compter ceux qui suivent son enseignement à travers le Brésil et le monde. 

Grâce à son authenticité et à son dévouement à la capoeira angola, maître Curio est devenu un représentant fondamental de cet art.

 

Agnès BROCARDI - Jô-Agnès

 

Chercheur au sein du laboratoire d’ethnoscénologie, Maison des Sciences de l’Homme.

 Parmi ses nombreuses recherches sur l’art, elle a écrit une thèse sur l’ « Africanité et brasilianité de la capoeira : vers une pratique transversale », en 2002.

Elle pratique et enseigne la Capoeira en France



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