Le Théatre de Complicité
Le Théatre de Complicité ignore les frontières et les traverse sans papiers (John Berger)
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Le travail du Théatre de Complicité va de l’adaptation théatrale à partir d’écrits courts ou de nouvelles à la réinterprétation des classiques ou à la création de pièces aussi importantes que Mnemonic. En effet, si la compagnie a déjà collaboré à de maintes reprises avec des partenaires très divers, ses principes de création demeurent identiques - la recherche de points de convergence entre les différents médias, la polyphonie de l’imbrication des textes, des images, de la musique et de l’action en vue d’obtenir un théâtre dérangeant, vivant. |
| Fondé en 1983 par Simon Mc Burney, Annabel Arden et Marcello
Magni, le Théatre de Complicité a monté plus de 27
pièces, est parti en tournée dans plus de 180 villes, parcourant
41 pays sur plus de quatre continents - obtenant plus de 25 prix internationaux.
On peut citer entre autres créations récentes: The Street of Crocodiles, d’après des écrits de Bruno Schulz (Royal National Theater, tournée mondiale et reprise à West End); Les Chaises d’Ionesco (Royal Court Theater et Broadway); The three Lives of Lucie Cabrol, d’après un récit de John Berger (tournée mondiale) ainsi que Le Cercle de Craie Caucasien de Brecht (Royal National Theater et tournée mondiale). Le Théâtre de Complicité s’intéresse également à d’autres médias, comme le montre sa participation à l’adaptation pour la radio du roman de John Berger, To the Wedding , qui a été nominée pour le Prix Italia. Plus récemment , il y a eu plusieurs projets, dont un en collboration avec le Stockholm Stadtheater, une Vie de Chostakovitch avec la participation de l’Emerson String Quartet (dont la Première a eu lieu au Lincoln Center, à New York, en mars 2000); ainsi qu’un travail au Japon avec le Setagaya Public Theater. |
Histoire d'une création : l'Homme de Glace
| On a commencé avec un certain nombre d’histoires, et plusieurs
influences littéraires. La source principale étant "The
man in the ice", par Konrad Spindler. On en a tiré l’inspiration
pour une grande partie de notre travail. Le livre propose des explications
à la fois humaines, géologiques et scientifiques quant au
phénomène de la parfaite conservation d’un corps humain par
la glace pendant 5,200 ans dans les Alpes.
A travers l'examen minutieux de ce cas, cet ouvrage nous convie à une exploration plus profonde, au fond de nous-mêmes, et de nos convictions à notre propre sujet. Spindler s’attache ensuite à l’examen des objets, du corps lui-même pour en tirer des informations sur la vie de cet homme. Très vite, au cours des répétitions, il nous sembla évident que c’était notre humanité commune qui nous reliait à l’homme des glaces, que ce lien était physique et inscrit dans notre mémoire collective. L’homme des glaces est un support mnémonique, en soi : ce très ancien corps nous contraint à retourner très loin dans le temps, nous obligeant à re-considérer le passé, à re-définir ce qui compte dans nos vies. |
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Très tôt il devint évident que cette pièce serait celle de tous les voyages: des voyages à travers l’Europe, à travers le Temps, à travers la mémoire, et à travers nos propres vécus. L’idée de voyager, de partir en voyage, était primordiale. D’une part elle était le reflet du dernier voyage entrepris par l’Homme des glaces, de l’autre, elle prenait aussi tout son sens quand on pensait aux récits d’immigrants du vingtième siècle. L’abondance même des histoires qui émergèrent dès les premières semaines de répétition devait confirmer la nature polyphonique du travail qui nous attendait. Par nos retours sur nos vécus nous exploriions les chemins qui nous menaient vers le passé. Une grande partie de notre travail d’élaboration théâtrale avait pour but de trouver la forme permettant l’expression simultanée de ces histoires. Parvenus à la septième semaine de répétition (sur un total de dix semaines) nous avions retenu cinq récits principaux et dix-huit récits secondaires (satellites). Il était évident que même en adoptant un style très fluide de jeu, on risquait l'éparpillement . Inexorablement, le processus d'élaboration nous menait à la consolidation , à la prise de décisions sur le contenu de la pièce. La répétition implique une progression, un polissage . A l'essai, sous différents éclairages, certaines choses se vérifient comme étant essentielles, d'autres non. C'est assez difficile de décrire ce processus puisqu'en fin de compte c'est un travail d'instinct. "Ce qui me paraissait très intéressant c'était le côté informe du processus. On n'avait vraiment aucune prise sur le plan d'ensemble. Quand j'ai commencé à travailler, je me suis mis au diapason des répétitions. J'ai conçu environ vingt modèles. Je travaillais en parallèle avec les comédiens, quand les comédiens exploraient les aspects scientifiques du texte, je le faisais aussi. Une grande part de ce que j'ai conçu n'a pas été utilisé, mais comme cela a été le cas pour le travail des comédiens, certains de ces éléments ont servi, en jouant un rôle dans le stade suivant du travail." Les Comédiens Jour après jour, les comédiens filent leurs idées, chacun préparant des morceaux à présenter aux autres. Ce filage qui permet aux comédiens de jouer avec leurs personnages, leurs textes et leurs décors, fait partie intégrante du travail d'affinage, de tri, de capture de l'essentiel dans chaque situation. On commence à montrer le travail de plus en plus. D'abord à un public très restreint, fait essentiellement d'amis et de collaborateurs. Des gens qui, une fois de plus, sont partie prenante du travail en cours, et qui jouent des rôles importants dans la forme qu'allait prendre la pièce. Ces petites représentations ont un effet stimulant, car les comédiens doivent y apporter toute l' intensité d'une véritable représentation. C'est une excellente discipline, et cela contribue à leur connaissance de la pièce dans son ensemble. On ne peut exagérer la part de responsabilité qu'ont les comédiens dans ce type de travail. Ils apportent tout à la pièce. Au départ il s'agissait surtout de fournir le contexte qui permettrait à la compagnie de prendre son envol. Une atmosphère d'encouragement et de liberté est essentielle. Le processus de la collaboration exige du temps, de la confiance, de la patience, de l'ouverture, d'être accessible, de la concentration et de la créativité. A travers des lectures approfondies, de l'observation, de l'improvisation, l'équipe créatrice a fusionné ses vécus, ses passés avec l'histoire de l'Homme des Glaces. Ce qui a créé une confrontation intéressante entre le personel et le scientifique. On demandait aux comédiens de réfléchir à toutes les facettes du projet, de trouver des idées stimulantes pour tonifier, vivifier les répétitions. Ceci pouvait aller jusqu'à des considérations sur les théories du temps, la philosophie, les mathématiques et même un recours constant à divers manuels scientifiques. On s'est penché sur les notions d'archéologie de la pensée et de la mémoire. Ce qui nous a entrainé vers le chaos, les fractales et la complexité. Ce processus demandait beaucoup de patience et d'attention. Pour autant que des lectures aussi approfondies puissent sembler extravagantes elles ont été la source d'un savoir partagé qui a dynamisé le processus. |
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