Le Kathakali (histoire jouée du Kerala, Inde du sud) est
un
théâtre dansé classique, sacré et séculier.
Il est l'aboutissement d'un ensemble de traditions dont les sources lointaines
empruntèrent au spectacle rituel, au Kütiyättam, aux danses
populaires régionales, au Kalarippayat (Kalari: gymnase, payat:
combat).
Figures martiales et chorégraphiques, gymnastique des yeux et
de la face d'une haute technicité, langage des gestes, ou hastämudräs
(Hastä : main, mudrä : signe - un millier de combinaisons) et
du visage, ou navarasas (nava: neuf, rasa: saveur), constituent l'ensemble
d'une science de la pantomime dont les codes minutieux se réfèrent
au nätyasästra, et à des traités régionaux
plus récents.
La codification d'une rigidité relative, ne fait pas entrave
à la liberté d'interprétation et d'improvisation.
Conçus, pour engendrer un plaisir esthétique et émotionnel
partagé, les navarasas (amour, ironie, compassion, fierté,
colère, peur, répulsion, émerveillement, sérénité)
sont la clé de voûte du langage dramatique qui associe distanciation
et identification.
Un quatuor orchestral, dynamique et fonctionnel, réunit deux
percussionnistes: le maddala (tempo et rythmes) et le cendä
(illustration sonore) et deux chanteurs (seuls interprètes du texte),
frappant respectivement un gong et une paire de cymbales. Chaque vers est
repris alternativement, laissant toute latitude à une traduction
visuelle élaborée; les strophes sont ponctuées de
brèves séquences dansées.
Alors que les types nobles ou divins restent muets, les Kattis, les
Tätis et les Karis émaillent leur jeu de cris, sons et
onomatopées codifiés. Préparation des acteurs, musiques
et danses invocatoires, entrées solennelles ou conventionnelles
procèdent des traditions du kütyättam.