La Rencontre des Masques
de la Commedia dell' Arte Italienne et du Kyôgen Japonais

 


Stielel La Commedia dell’arte  s’est développée au cirque, puis au cinéma, sous les allures de Charlot ou de Max Linder. Craig, Meyerhold, Copeau, Dullin, Barrault, Strehler, Mnouchkine et Dario Fo ont chacun entrepris d’en retrouver l’esprit, pour réinventer une tradition et s’appuyer sur ses principes.
Il s’agissait de vivifier l’art du comédien, un « gai savoir » ; et aussi un artisanat. Ce mode de jeu s’est développé et perfectionné jusqu’à faire des acteurs de véritables virtuoses de la voix, de la pantomime, du chant et de l’acrobatie, surtout à partir du moment où la Commedia passe de la place publique à la cour des nobles et se répand dans toute l’Europe, avec une grande émulation entre les compagnies italiennes.

La Commedia dell’Arte est à l’origine de l’école nommée communément “Le jeu à l’Italienne”. On entend par là, cette manière particulière d’interpréter selon la tradition italienne, improvisation et participation totale du corps et de la voix. Au XXème siècle, une tradition a bien fini par se réinventer. Existe-t-elle vraiment ? Toujours est-il qu’elle fait rêver, et qu’elle fournit de formidables défis à l’acteur qui souhaite s’y entraîner.

Depuis quelques années, le Kyôgen contemporain a retrouvé toute sa verve satirique. En continuant à donner vie au répertoire traditionnel japonais, certaines familles, tels les Shigeyama, se sont permis d’innover avec l’audace de porter leur propre regard sur l’actualité du monde.

Traditionnellement, le Kyôgen joue, en tant qu'intermède de vingt à trente minutes, le rôle de contrepoint face à la tension tragique du Nô. Bouffonneries inspirées de la vie quotidienne médiévale, les pièces de Kyôgen plongent à la manière de la Commedia dell'arte dans la satire sociale.

Fondé sur la verve drôlatique des paroles et des situations, le comique tire également parti du contraste saisissant entre la trivialité des situations et la stylisation parfois emphatique ou même hiératique des gestes les plus grotesques. Alors que les mouvements d'ensemble sont réglés en chorégraphie, les personnages paraissent empreints d'une grande dignité jusque dans les scènes de lutte ou d'ivrognerie.

Kyogen


Stiefel
Erhard Stiefel

Après une formation en danse, puis en Arts appliqués à Zurich, Erhard Stiefel découvre l’art du masque au Japon. Rentré à Paris pour faire l’Ecole Nationale des Beaux Arts, il fréquente aussi l’Ecole du Mouvement de Jacques Lecoq et l’atelier de Giacometti ; il réalise ses premiers masques pour « Monsieur Carnaval », comédie musicale de Maurice Lehman au théâtre du Châtelet.
Il repart régulièrement pour ses recherches en Europe, à Bali et bien sûr au Japon ; il est introduit par Issey Miyake auprès du cercle très fermé des familles liées au théâtre Nô, qui le choisissent pour recréer certains masques anciens.
Sculpteur de masques, il imagine, dessine et fabrique seul des masques de théâtre uniques, très légers et faits sur mesure pour chaque acteur, à partir de techniques perdues qu’il a retrouvées comme le cuir repoussé, le bois ou le lin, par exemple, ou de techniques nouvelles, à base de résine.
En France, il a participé à la réalisation de plus de 40 spectacles avec Maurice Béjart et les plus grands metteurs en scène : Georges Lavelli, Jean-Pierre Vincent, Antoine Vitez, Yannis Kokkos, Alfredo Arias etc.
Depuis 1973, il accompagne Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil dans ses créations. En 2000, il se voit décerner le diplôme national de Maître d’art.


Shime Shigeyama 

est né à Kyôto en 1947. En 1976, il crée l'association "Hanagata", qui non seulement contribue très activement à la culture du répertoire et à la redécouverte de pièces tombées dans l'oubli, mais poursuit son travail de création avec la mise au point de nouvelles pièces de kyôgen. Ayant lui-même débuté à l'âge de quatre ans, il dirige également une école qui enseigne le kyôgen aux enfants. En 1992, il devient à l'âge de 45 ans « Important bien culturel vivant », puis reçoit l'année suivante le prix de la Ville de Tôkyô pour l'ensemble de ses travaux.
En 1995, il reprend le nom de son père et devient Shime de la 2e génération. Depuis le milieu des années 80, il poursuit dans le monde entier une activité très importante, notamment aux Etats-Unis où il séjourne régulièrement Il est invité en France en novembre 1997 par le Festival d'Automne à Paris, puis à ARTA, l’Association de Recherche des Traditions de l’Acteur, où il donne régulièrement des master-class pour acteurs professionnels. Programmé pour la deuxième fois à la Maison de la culture du Japon à Paris, Shime Shigeyama joue un rôle très important dans la diffusion du Kyôgen en Occident. En 2005, accompagné de ses deux fils Motohiko et Ippei, Shime Shigeyama a présenté à la MCJP trois Kyôgen : une pièce du répertoire traditionnel, une pièce moderne inspirée d’une pièce du dramaturge contemporain Tadasu Iiizawa, et une création adaptée d’Ubu Roi d’Alfred Jarry.

Shigeyama

 

Ippei Shigeyama

Ippei Shigeyama

Formé par son grand-père comme le veut la tradition japonaise, fils de Shime Shigeyama, Ippei Shigeyama a débuté à l’âge de quatre ans. 

Acteur brillant, il a déjà acquis, à l’âge de 28 ans, une grande renommée dans son pays. Dans le cadre d’une résidence en France, et du festival Paris Beckett 2007, il a joué dans pas moi / Souffle mise en scène par Barbara Hutt, à la Maison de la culture du Japon à Paris