|
À l’école de Strehler, l’acteur ne peut concevoir son rôle
isolément. Il ne suit pas qu’un seul fil. Adoptant la vision proposée
par le metteur en scène, il travaille l’œuvre dans son ensemble,
en découvrant pas à pas les différents points de vue
qui l’animent. Tant est si bien qu’il finit non seulement par intégrer
son propre parcours, mais par mémoriser la partition intérieure
des différents protagonistes de la pièce. Telle est la grande
qualité de
Giulia Lazzarini
: son interprétation d’Ariel dans La Tempête l’a par exemple amenée
à pouvoir donner du début à la fin le sous-texte de
chacun des rôles, y compris dans les scènes où elle n’apparaissait
pas.
De surcroît, le corps a mémorisé les trajectoires.
Le texte n’est pas seulement su, il est appris par le corps. Le rôle
est « mis en jambes ».
Cette manière d’aborder une pièce en la prenant «
à bras le corps » aura permis à
Giulia Lazzarini d’interpréter
l’après-midi Gasparina, la très jeune fille d’Il Campiello de Goldoni et le soir Gricha,
la méchante femme des Géants
de la montagne de Pirandello.
C’est une telle approche de l’œuvre dramatique que
Giulia Lazzarini transmet aujourd’hui,
douée d’une fibre pédagogique qui n’a d’égale que
ses dons d’actrice.
| Les Géants de la Montagne de Pirandello |
Campiello de Goldoni mise en scène Giorgio Strehler, 1974 |
 |
 |
| Photo L. Ciminaghi |
Photo L. Ciminaghi |
Au Piccolo Teatro de Milan, puis aujourd’hui à l’Ecole du Piccolo, Marise Flach a poursuivi le travail
entrepris par Etienne Decroux, après avoir été actrice
à ses côtés. Depuis 1956, elle a ainsi collaboré
à la plupart des mises en scène de Strehler, au théâtre
comme à l’opéra, en étant chargée de la recherche
gestuelle et chorégraphique.
.
Giulia Lazzarini
 |
Grande actrice italienne, Giulia
Lazzarini apparaît dans les distributions de Giorgio Strehler dès
1959 (Platonov et les autres) et
elle est - entre autres - Virginia dans Galilée et Ariel dans La Tempête seconde version.
Lorsqu’il la dirige dans Oh les beaux
jours de Beckett, Strehler lui confère les qualités
qu’il appréciait lorsqu’il faisait de la critique dramatique : la mesure
et la profondeur.
Il dira d’elle :
Peu
d’acteurs - ce sont les plus vrais - ont cette mesure dans la pudeur, la
réserve, le silence. Discrète et tenace, Giulia sait qu’on
cisèle un personnage avec la pointe d’un diamant, elle découvre
dans le quotidien l’étrange et dans l’étrange le quotidien.
Elle a également joué sous sa direction dans :
Arlequin serviteur de deux maîtres
(Goldoni)
L’Opéra de Quat’Sous
et Mère Courage de Brecht
Le Balcon de Genet
Intermèdes de Giraudoux
Elvire ou la Passion théâtrale
de Jouvet
Faust
...
Elle a également collaboré avec de grands metteurs en scène
italiens : Bosetti, De Lullo, Falk, Valli, Adani, Benassi, Calindri... |
Marise
Flach
|
Comédienne, mime, chorégraphe,
musicienne, Marise Flach s’est formée à l’EPJD (Education
par le jeu dramatique) où enseignaient Jacques Lecoq et Marcel Marceau.
Elle intègre le groupe d’Etienne
Decroux et joue dans ses spectacles de 1950 à 1955.
Lorsque Giorgio Strehler appelle
Decroux à Milan, elle l’accompagne et devient la collaboratrice de
Strehler, tant au Piccolo Teatro qu’à l’école. Depuis 1956,
Marise Flach y a poursuivi le travail entrepris par Etienne Decroux.
Tout
en s’appuyant sur sa philosophie et sa technique, elle a développé
sa grammaire du geste, en adjoignant à la pantomime une ouverture
aux traditions dansées régionales (Tarentelle, Sardane…).
Après avoir collaboré à la plupart des mises en scène
de Strehler, au théâtre comme à l’opéra, en étant
chargée de la recherche gestuelle et chorégraphique, elle est
aujourd’hui l’un des piliers directeurs de l’école du Piccolo Teatro
à Milan. |
|
 |
|
"Cosi fan Tutte", Mozart, mise en scène Giorgio Strehler,
pantomime et mouvements Marise Flach,
1997 |
|
 |
|
"Arlequin serviteur de deux maîtres", Goldoni, mise en scène Giorgio Strehler, pantomime et mouvements Marise Flach
1996 |
|
|