Odissi

La représentation dansée de la féminité



" Le théâtre et la danse indienne sont le lieu où il est encore possible de voir l’équivalent physique de mots tels que dieu, déesse, divin; le lieu où le regard peut soudain se transformer en image de soleil; le lieu où l’acteur ou la danseuse peuvent être à la fois l’archer et l’arc qui se tend, la flèche qui vole et la biche blessée. " F. Taviani, Rencontre entre Orient et Occident

C’est en Orissa, dans cette région située à l’extrême est de l’Inde qu’est né le style de la danse Odissi. Apparue aux alentours du IIème siècle avant J.C. dans les grottes d’Udayagîri, cette danse a atteint sa maturité au XIIème siècle. Initialement associée à la liturgie des temples, l’Odissi devra ensuite attendre un renouveau, vers le milieu du XXème siècle.


 

Kelucharan Mohapatra


Photos : Mireille Guézennec
Kelucharan Mohapatra est considéré comme le créateur de l'Odissi contemporain qu'il a enrichi et perfectionné par son extraordinaire sens de la composition, de la forme, du style et de la technique. Avec son profond sens spirituel  et sa recherche de la perfection, il a élevé l'Odissi au niveau le plus raffiné que cet art avait atteint par le passé. Seul un maitre comme lui pouvait faire évoluer l'Odissi sans trahir ses bases les plus anciennes.

Danseur "Gotipua" au début de sa vie, il a suivi l'enseignement de Balabhadra Sahu, un remarquable "Guru" de son époque. Par la suite, il a perfectionné son "Abhinaya" (jeu des émotions) dans la danse pendant ses douze années d'association avec la troupe de Ras Leela. Sa participation à différents groupes de théâtre et son étude approfondie des inscriptions et écritures des temples a contribué à l'extraordinaire maîtrisede son art. Son talent a été reconnu par de nombreuses distinctions parmi lesquelles les prix de l'Académie Sangeet Nalak, Kalidas Sanman, Padma Bhusan et un titre de docteur honoraire de Gandharva Mahavidyalaya

C’est en tant que gotipua que Kelucharan Mohapatra a fait à l’âge de 5 ans ses premiers pas. Son père, peintre au temple de Puri, était aussi musicien : il aimait accompagner de son tambour les drames dansés du Râsa Lîla, interprétés par ses fils aînés. le jeune Kelucharan a ainsi été bercé par les aventures de Krishna et des gopis, ces bergères que la flûte du dieu facétieux ensorcèle d’amour... Mais le décès de son père contraint le jeune homme de 19 ans à subvenir aux besoins matériels de sa famille : il abandonne ce à quoi il tient le plus pour mener la vie d’ouvrier dans une plantation de thé.
Le coeur n’y est pas... Parfois, pour se donner du courage, Kelucharan chante en accomplissant ses tâches, tout en ignorant qu’à son insu le maître des lieux, amateur de musique éclairé, prend plaisir à l’écouter. Emu par ses mélodies, ce dernier lui offre la  somme d’argent qui va lui permettre à nouveau de s’adonner à son art...
Interprète inspiré de tous les rôles de Krishna qui lui sont offerts, Guru Kelucharan Mohapatra devient également chorégraphe et musicien. Tout en contribuant à la résurgence de cet art dont la mémoire s’était perdue au fil des siècles, il initie à son tour de jeunes enfants, dont une petite fille qui deviendra plus tard la grande Sanjukta Panigrahi...
    Mireille Joséphine Guézennec  (Nouvelles de l’Inde)
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