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Susana Rinaldi est un des noms les plus important de l'histoire du tango de ces vingt dernières années. Elle était déjà une actrice connue lorsqu'elle a décidé de se consacrer au tango. Son nom, lié aux groupes littéraires du début des années soixante, devint rapidement indissociable de ceux des nouveaux poètes. Sa voix profonde, si bien modulée, son timbre grave et nuancé transforment chaque histoire en un monologue dramatique, en une chronique sensible où chaque mot a son importance. Sa connaissance de la poésie, son sens de la métaphore et sa façon de rendre le sens d'un texte font de ses interprétations un exercice où interviennent à part égale l'actrice et la chanteuse. Ses déplacements en scène sont d'une rare précision et elle sait trouver le geste juste et indispensable pour communiquer intimement avec le public. Il faut aussi souligner le choix de son répertoire : aux grands classiques du tango, elle adjoint les meilleurs poètes des années quarante, tels que Homéro Manzi, Catulo Castillo, les écrivains comme Julio Cortazar, et de nouveaux compositeurs parmi lesquels Eladia Blasquez, Hector Negro ou Maria Elena Walsh. En France, c'est Jean-Louis Barrault qui découvre Susana Rinaldi. Il l'invite à donner une série de représentations au Théâtre d'Orsay où elle connait un succès immédiat. Puis, c'est le Théâtre de la Ville, l'Olympia et dernièrement le Dejazet qui l'accueillent. Adoptée par la France, Susana Rinaldi est Chevalier des Arts et des Lettres . |
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A l'origine, le tango appartenait aux hommes qui le dansaient en solo sur les trottoirs de Buenos Aires. Mais quand cette pratique fut interdite " pour cause d'entrave à la circulation " et que le tango pénétra dans les bordels, c'est par les femmes que s'accomplit le rituel de la danse. Les prostituées étaient payées par le patron du tripot pour danser sans répit jusqu'à la fin de la nuit. Belles ou laides, les meilleures danseuses passaient de bras en bras : finir en mesure était la nouvelle extase. Petit à petit, quand le tango se fit chant, les couplets devinrent l'arme par laquelle les femmes purent crier leur révolte.
"Certains ont prétendu que l'origine du tango - qu'il vaut
mieux appeler " gotan "(tango en verlan) - était latine et signifiait
: " je touche. Le tango commence à se chanter dans les troquets,
les épiceries-débits de boissons qui sont aussi hôtels,
auberges interlopes. Ses paroles mettent plus ou moins en vers les " incidents
" de la rue, le crime, le désespoir quotidien. D'abord exclu des
salons pour être né sur les trottoirs, ce tango chanté
a plus tard été récupéré dans les salons
comme le plus délicieux des " produits indigènes ".
Ramon Gomez de la Serna, Interprétation
du tango (extraits).
" Le tango commence par un rire musical, que le piano vient troubler."
" Fier, tranchant comme une lame, l'escadron du tango s'avance et
l'on éprouve son pas militaire, le pas d'une avant-garde que rien
ne fait reculer : " Ras ras ras! ", et soudain " Zas! ", le coup de poignard
bien porté."
Ramon Gomez de la Serna
Lexique argotique du tango
Le chant du tango puise ses origines dans des poésies du 17ème siècle appelées "payadas ", dont il a conservé le caractère très libre du vers. La principale caractéristique du tango chanté est la langue qu'il utilise : le lunfaro, l'argot créé par les malfaiteurs à la fin du siècle dernier pour ne pas être compris du reste de la population. Grâce au tango, le lunfaro a gagné toutes les couches de la société argentine au point de devenir un véritable signe de reconnaissance et d'identité.
Afilar : faire la cour, conter fleurette.
Allon : " allons!"
Alpiste : antigel, traduire " alcool fort "
Apoliyo : ronfler
Biscuit: belle femme
Boliche : petit débit de boisson
Boton : policier
Chiquilin : petite poche à l'avant du pantalon
Chiqué : simulation
Davi : " vida " (la vie) à l'envers (en verlan)
Engrupir : tromper
Estufar : ennuyer, fatiguer
Fifi : personne délicate
Fueye : le bandoneon ou le poumon
Garzonier : appartement destiné à des activités
érotiques
Gil : idiot
Gotan : tango, en verlan
Melon/a : personne peu intelligente
Mina: femme
Morfar : manger, violer, endurer, tuer
Papa : jolie, de grande qualité
Patinar : échouer
Pingo : cheval
Rama : le dénuement, , la misère.
Vivo : malin
Yuta : la police
Interprétation du tango, Ramon Gomez de la Serna (André
Dimanche éd.)
Le Tango, par Horacio Salas (Actes Sud, 1989)
Le guide du Tango, de Pierre Monette (Tryptique/Syros, 1991)
Le Tango, par Remi Hess (Puf, collection " Que sais-je? ")
" Le lunfaro dans les paroles de tango ", Christine Bezotte
(thèse de doctorat soutenue à la Faculté de
Paris 8 en 1994)
" Tango, Milonga, Vals : danses urbaines dans le Rio de la Plata,
1870-1924 ", Alicia Quintas (thèse de doctorat soutenue à
la Faculté de Paris 8 en 1995)
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