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| "Il y a plusieurs années, j’ai été
confronté à un problème essentiel : que faire du verbe, du mot ? Le
sentiment, je savais, mais le verbe, le mot…. ? Il fallait étudier ce
problème et apprendre à parler, à parler de telle manière que le mot ne se
transforme pas en cette baudruche que peut devenir le corps. Et tous ceux
qui pratiquent le théâtre savent que dès qu’on commence à prononcer le mot
forte, il enfle, gonfle, se dilate. Tout notre travail, à mes acteurs et à
moi, est consacré ces derniers temps à la problématique du verbe, du mot,
à la théorie, la technologie, le training. Parce que sur le chemin de
l’objectivation de l’acteur par rapport au rôle, le mot est le dernier
rempart, que retiennent les armées des émotions. Chacun a assimilé une langue avec sa musique, sa mélodie, son intonation. Cette mélodie contient nos sentiments, nos pensées ; bref notre histoire. Et nous tous, nous partageons une même mélodie. Quand nous passons sur un plateau de théâtre, nous la conservons : c’est elle le dernier rempart à détruire. On ne perçoit pas la parole sans une mélodie. L’intonation est l’arme la plus puissante, le véhicule fondamental de la communication. Si vous vous mettez à parler le français sur une mélodie qui lui est parfaitement étrangère, on cesse de vous comprendre […] Donc l’information est entièrement incluse dans la mélodie. Donc celle-ci véhicule l’information. […] Et maintenant, demandons-nous de quelle information il s’agit. Est-elle porteuse d’une parabole, d’une pastorale ou d’une histoire intellectuelle ? ça, c’est une question ! Pour que le langage de l’acteur se fasse porteur de la parabole, j’ai changé radicalement son intonation. […] En changeant la rythmique et la mélodie de la langue française, je ne la prive pas nécessairement de contenu. Simplement, vous ne recevez pas l’information habituelle de la mélodie. Elle n’est plus la même. […] Je propose ainsi d’avoir une autre écoute de la mélodie – d’y entendre un autre sens . " Anatoli Vassiliev : "A propos d’Amphitryon," Rencontres théâtrales d’Avignon, le 24 juillet 1997 |
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L’acteur doit avoir l’oreille
absolue. L’oreille absolue de la vie... Autrefois je faisais toujours le même rêve : j'entre au théâtre… - et ensuite je l'ai construit ce théâtre -, j'entre, et la première chose que j'entends ce sont des voix. Ce sont les voix des habitants du ciel, des voix fortes et claires, et elles sont transparentes, et elles sont si transparentes qu'elles n'ont rien de quotidien, de banal ; c'était comme une sorte de rêve ensoleillé, céleste. Anatoli Vassiliev, Théâtre du Rond-Point, Paris, le 3 juillet 1996. Photo : crédit Victor Bazhenov |
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Après son parcours de comédienne mené avec Antoine Vitez,
Valérie Dréville a rencontré Anatoli Vassiliev en 1992 lors du Bal masqué
de Lermontov, qu’il mit en scène au Français. Cette rencontre fut pour
elle déterminante car la démarche de Vassiliev lui semblait ouvrir des
horizons insoupçonnés par ses questionnements renouvelés sur le sens
d’être acteur.
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